L’emploi public : représentations simplistes et choix politiques majeurs

  • Non, l’emploi public n’a pas, depuis 2000, augmenté deux fois plus vite que l’emploi privé. Au contraire, il augmente moins vite, contrairement à ce que beaucoup avancent.
  • Non, il n’y a pas « 40 à 50 % de la fonction publique qui vont partir à la pension dans les dix ans à venir ». C’est maximum 20%.
  • Il ne faut pas confondre emploi public (= l’employeur est public) et emploi non-marchand = emploi, public ou privé, largement financé par les pouvoirs publics.
  • L’emploi public est beaucoup plus diversifié que ce qu’on appelle – c’est un raccourci – les fonctionnaires.

Dans un article de Trends (18-09-2026), le patron de la FEB avance dix “quick wins” pour sortir de l’impasse budgétaire. Un concerne l’emploi public : « Autre cheval de bataille : la croissance de l’emploi public, qui aurait progressé deux fois plus vite que l’emploi privé sur les vingt dernières années. La FEB plaide pour un gel des recrutements dans l’ensemble des administrations jusqu’en 2029, couplé à une mobilité interne accrue des agents et à un recours renforcé à l’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des dossiers. » Le même jour, dans un interview croisé dans Le Soir, le président du MR et l’économiste Bruno Colmant « estiment (de concert) que la Belgique pourrait compter 150.000 à 200.000 fonctionnaires de moins à terme », « sans licenciements ». Georges-Louis Bouchez ajoute ceci : « On a d’ici dix ans, 40 à 50 % de la fonction publique qui va partir à la pension. Donc on a une chance historique de pouvoir la redessiner. » Bruno Colmant lui complète l’analyse ainsi : «  Je suis d’accord avec M. Bouchez. Combien de fonctionnaires avons-nous ? Un million environ… »

La présente note vise à aller un peu plus loin que les analyses et propositions approximatives, la confusion fréquente entre « emploi public », « fonction publique » et « fonctionnaires » n’arrangeant rien.

                                                *                                        *                                        *
Il y a plusieurs manières d’approcher l’emploi public.

  • L’approche du Bureau du Plan se concentre sur le secteur « administration, enseignement et défense » ; elle ignore de ce fait des dimensions importantes de l’emploi public comme, par exemple, l’essentiel des entreprises publiques.
  • La FEB englobe dans sa définition des activités certes largement soutenues par les pouvoirs publics (administration, défense, santé et action sociale) mais dont certaines sont portées par des entreprises ou associations privées.
  • L’ONSS (comme la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale) comptabilise comme emploi public bien sûr l’emploi du cœur de l’action publique (Administration, Défense et Sécurité sociale obligatoire) mais également tous les autres emplois qui dépendent directement d’autorités publiques comme les entreprises publiques (SNCB, bpost…), les intercommunales, les maisons de repos et de soins dépendant de CPAS ou d’intercommunales, les activités culturelles ou sportives rattachées à un pouvoir public, des institutions publiques de recherche ou culturelles, des parastataux comme le FOREM, etc., etc. Cette approche me semble la plus pertinente.

                                                *                                        *                                        *
Voici un tableau synthétique sur l’emploi public ainsi défini.

Trois constats majeurs :

  • l’emploi public tel que répertorié par l’ONSS concernait 1.128.075 personnes au 31 mars 2026 ;
  • l’enseignement représente 37,4% de l’emploi public (on rappellera que tous les enseignants – y compris ceux des réseaux libres – sont assimilés au secteur public) ;
  • les activités souvent assimilées aux images (au demeurant dépassées et le plus souvent fausses) des fonctionnaires dans un bureau ou derrière un guichet ne représentent que 28,9% des emplois publics ; et il y a dans ces emplois des d’activités sociales dans les CPAS, de soutien à la recherche ou à l’activité économique, de protection des consommateurs, etc., etc.

                                                  *                                        *                                        *

Que peut-on tirer de ces données ?

  • Non, l’emploi public n’a pas, depuis 2000, augmenté deux fois plus vite que l’emploi privé. Au contraire, il augmente moins vite, comme le montre le graphique suivant.
  • Non, il n’y a pas 40 à 50 % de la fonction publique qui vont partir à la pension dans les dix ans à venir. C’est maximum 20%.
  • Les données utilisées confirment une réalité déjà bien documentée : la sur-représentation de l’emploi public pour les travailleurs wallons ; ils représentent 35,8% des salariés travaillant dans le secteur public et le secteur public des wallons à l’emploi représente 26,3% de l’emploi total.
  • Le nombre de travailleurs statutaires (= fonctionnaires au sens propre) a baissé en absolu et en pourcentage de l’emploi public total entre 2005 et 2023. Il a augmenté de 1,4% depuis 2023 ; cette hausse récente s’explique largement par ce qui se passe dans l’enseignement de la Communauté flamande et au niveau fédéral (armée, police et administration générale ; l’emploi statutaire dans les entreprises publiques est orienté à la baisse, depuis longtemps d’ailleurs).

                                                *                                        *                                        *
Il y a trois manières de réduire l’emploi public :

  1. Réduire le scope d’activités ; une commune peut, par exemple, prendre la décision de fermer son service culture ou d’en réduire la taille.
  2. Confier des activités au secteur privé, en tablant sur un coût moindre, ce qui est loin d’être toujours le cas, ou privatiser des activités publiques. Illustrations : sous-traiter la sécurité de bâtiments publics, transférer un hôpital public vers des mutuelles, privatiser des lignes de bus, etc., etc. 
  3. Augmenter la productivité ; il est évident que l’IA pourra – à services rendus équivalents – réduire l’emploi dans les domaines administratifs, voire d’autres.

La note ne prétend ni dire où il faut, le cas échéant, faire des économies, ni chiffrer les gains de productivité potentiels liés à la technologie de l’IA. Juste quelques commentaires :

  • Il y a une série d’activités où soit aucun parti ne propose de réduire la voilure (armée, police, prisons, pompiers, centres d’accueil de jeunes « placés », etc.), soit il est certes possible de réduire l’emploi public mais sans qu’on imagine baisser l’emploi global (hôpitaux, maisons de repos, accueil de jeunes enfants, services d’aide aux familles et aux personnes âgées, sécurité aérienne, sécurité alimentaire, etc.) ; dans ce dernier cas la charge pour le secteur public ne se contracte pas, ou très peu. Les activités concernées par ce type d’approche représentent – à mon estime – plus ou moins 20% de l’emploi public.
  • L’administration hors défense, police, justice et secours est probablement le secteur public où l’IA pourra le plus contribuer à des gains de productivité potentiellement élevés. Il y a aussi d’importantes économies à mobiliser via de véritables simplifications administratives et une plus grande efficience organisationnelle.
  • L’emploi dans le secteur de l’enseignement obligatoire sera, peut-on penser, surtout impacté par la baisse de la dénatalité. Deux remarques à cet égard :
    • la dénatalité à venir pourrait être plus forte encore que celle envisagée à ce jour par le Bureau fédéral du Plan ;
    • les effectifs des enseignants évoluent tendanciellement plus ou moins comme les populations en âge de scolarité mais avec un temps de retard.
  • Les entreprises publiques ont vu leurs effectifs se réduire tendanciellement depuis longtemps ; difficile de fixer a priori la marge de compression qui reste(rait).
  • Globalement, on peut penser qu’aboutir à 150.000 à 200.000 emplois en moins dans les secteurs hors ceux des « à réductions d’emplois estimées a priori faibles ou nulles » est un objectif ambitieux ; à tout le moins il prendra du temps. Et il ne faut pas négliger les impacts sur la croissance d’éventuelles diminutions d’emplois dans des secteurs comme la R & D, l’insertion socio-professionnelle ou l’enseignement supérieur.
  • Enfin, il faut rappeler que les évolutions technologiques et sociétales appellent parfois un développement de l’action publique pour répondre à de nouveaux enjeux. Certes, on peut réorienter vers ces nouveaux besoins des moyens économisés par ailleurs, mais dans ce cas l’emploi public baisse moins que prévu initialement.

Quoiqu’il en soit, le tableau complet de l’Annexe 2 de la note – qui détaille finement l’emploi public – peut éclairer le débat et aider les décideurs à préciser les secteurs où ils souhaitent réduire l’emploi public en fonction de leurs préférences politiques.

                                                *                                        *                                        *

Ceci dit, on doit néanmoins répondre à la critique essentielle de la FEB : l’État (sur)cannibalise(rait) l’emploi privé, ce qu’on qualifie d’effet d’éviction. Cet effet d’éviction serait surtout de nature fiscale : « Il faut veiller à ce que la croissance de l’emploi financé par les pouvoirs publics reste compatible avec la capacité de l’économie marchande à financer ces dépenses par l’impôt », précise la FEB. A cet égard, il est vrai que l’effet d’éviction (éventuel) vaut tout autant pour un emploi public proprement dit que pour un emploi privé largement soutenu par les pouvoirs publics. Quelques remarques sur ce point de vue :

  • Comme pour d’autres impacts socio-économiques de l’action publique, l’éventuel effet d’éviction et, le cas échéant, son importance dépendent de la structure et des caractéristiques des prélèvements obligatoires.
  • Il y a d’autres emplois alors à englober dans l’analyse que les seuls emplois Santé humaine et Action sociale : les titres-services, par exemple, dont environ 2/3 du coût réel sont pris en charge par les budgets régionaux, certains emplois de recherche – publics ou privés – largement subsidiés, les emplois subsidiés dont bénéficient les fédérations patronales, etc.
  • Certains emplois subsidiés ont un impact positif sur l’offre de travail : les structures d’accueil pour jeunes enfants, les soins et services à domicile, les maisons de repos et de soins, les structures de répit et les structures d’accueil de personnes porteuses de handicaps permettent à de nombreuses personnes de travailler, au moins à temps partiel.
  • D’autres emplois publics ou subsidiés, notablement dans l’enseignement, la formation permanente et la réinsertion socio-professionnelle, doivent être considérés comme des investissements immatériels au bénéfice, notamment, de l’activité économique.
  • Certaines interventions publiques, et les emplois qui y sont liés, sont des dépenses de « réparation » induites par certaines évolutions sociétales et socio-économiques ; certains problèmes de santé mentale et les burn-out illustrent cette réalité. En outre, l’intervention publique permet dans ce cas de réduire la facture totale pour la société.
  • La nature même d’évolutions socio-économiques et technologiques rendent nécessaires des interventions publiques : la libéralisation de certains marchés ne peut se faire sans régulateur, les évolutions technologiques et les comportements de certains acteurs de la filière alimentaire rendent indispensable un organisme comme l’AFSCA, etc.
  • L’action publique alimente aussi des dépenses profitables à l’économie marchande.
  • Enfin, les effets d’éviction peuvent aussi s’observer au sein de l’économie privée. Une très convaincante illustration est celle des effets d’éviction – au sein de l’économie américaine – liés aux investissements massifs dans les data centers.

Ces quelques remarques ne sont pas là pour éluder la légitime revendication d’améliorer et l’efficacité et l’efficience de l’action publique, tout en respectant les arbitrages que peut faire une communauté entre des préférences politiques au sens noble du terme et, le cas échéant, (un peu) moins de croissance économique.

                                                *                                        *                                        *

Plus dans la note ici.

L’emploi public : représentations simplistes et choix politiques majeurs

  • Non, l’emploi public n’a pas, depuis 2000, augmenté deux fois plus vite que l’emploi privé. Au contraire, il augmente moins vite, contrairement à ce que beaucoup avancent.
  • Non, il n’y a pas « 40 à 50 % de la fonction publique qui vont partir à la pension dans les dix ans à venir ». C’est maximum 20%.
  • Il ne faut pas confondre emploi public (= l’employeur est public) et emploi non-marchand = emploi, public ou privé, largement financé par les pouvoirs publics.
  • L’emploi public est beaucoup plus diversifié que ce qu’on appelle – c’est un raccourci – les fonctionnaires.

Dans un article de Trends (18-09-2026), le patron de la FEB avance dix “quick wins” pour sortir de l’impasse budgétaire. Un concerne l’emploi public : « Autre cheval de bataille : la croissance de l’emploi public, qui aurait progressé deux fois plus vite que l’emploi privé sur les vingt dernières années. La FEB plaide pour un gel des recrutements dans l’ensemble des administrations jusqu’en 2029, couplé à une mobilité interne accrue des agents et à un recours renforcé à l’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des dossiers. » Le même jour, dans un interview croisé dans Le Soir, le président du MR et l’économiste Bruno Colmant « estiment (de concert) que la Belgique pourrait compter 150.000 à 200.000 fonctionnaires de moins à terme », « sans licenciements ». Georges-Louis Bouchez ajoute ceci : « On a d’ici dix ans, 40 à 50 % de la fonction publique qui va partir à la pension. Donc on a une chance historique de pouvoir la redessiner. » Bruno Colmant lui complète l’analyse ainsi : «  Je suis d’accord avec M. Bouchez. Combien de fonctionnaires avons-nous ? Un million environ… »

La présente note vise à aller un peu plus loin que les analyses et propositions approximatives, la confusion fréquente entre « emploi public », « fonction publique » et « fonctionnaires » n’arrangeant rien.

                                                *                                        *                                        *
Il y a plusieurs manières d’approcher l’emploi public.

  • L’approche du Bureau du Plan se concentre sur le secteur « administration, enseignement et défense » ; elle ignore de ce fait des dimensions importantes de l’emploi public comme, par exemple, l’essentiel des entreprises publiques.
  • La FEB englobe dans sa définition des activités certes largement soutenues par les pouvoirs publics (administration, défense, santé et action sociale) mais dont certaines sont portées par des entreprises ou associations privées.
  • L’ONSS (comme la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale) comptabilise comme emploi public bien sûr l’emploi du cœur de l’action publique (Administration, Défense et Sécurité sociale obligatoire) mais également tous les autres emplois qui dépendent directement d’autorités publiques comme les entreprises publiques (SNCB, bpost…), les intercommunales, les maisons de repos et de soins dépendant de CPAS ou d’intercommunales, les activités culturelles ou sportives rattachées à un pouvoir public, des institutions publiques de recherche ou culturelles, des parastataux comme le FOREM, etc., etc. Cette approche me semble la plus pertinente.

                                                *                                        *                                        *
Voici un tableau synthétique sur l’emploi public ainsi défini.

Trois constats majeurs :

  • l’emploi public tel que répertorié par l’ONSS concernait 1.128.075 personnes au 31 mars 2026 ;
  • l’enseignement représente 37,4% de l’emploi public (on rappellera que tous les enseignants – y compris ceux des réseaux libres – sont assimilés au secteur public) ;
  • les activités souvent assimilées aux images (au demeurant dépassées et le plus souvent fausses) des fonctionnaires dans un bureau ou derrière un guichet ne représentent que 28,9% des emplois publics ; et il y a dans ces emplois des d’activités sociales dans les CPAS, de soutien à la recherche ou à l’activité économique, de protection des consommateurs, etc., etc.

                                                  *                                        *                                        *

Que peut-on tirer de ces données ?

  • Non, l’emploi public n’a pas, depuis 2000, augmenté deux fois plus vite que l’emploi privé. Au contraire, il augmente moins vite, comme le montre le graphique suivant.
  • Non, il n’y a pas 40 à 50 % de la fonction publique qui vont partir à la pension dans les dix ans à venir. C’est maximum 20%.
  • Les données utilisées confirment une réalité déjà bien documentée : la sur-représentation de l’emploi public pour les travailleurs wallons ; ils représentent 35,8% des salariés travaillant dans le secteur public et le secteur public des wallons à l’emploi représente 26,3% de l’emploi total.
  • Le nombre de travailleurs statutaires (= fonctionnaires au sens propre) a baissé en absolu et en pourcentage de l’emploi public total entre 2005 et 2023. Il a augmenté de 1,4% depuis 2023 ; cette hausse récente s’explique largement par ce qui se passe dans l’enseignement de la Communauté flamande et au niveau fédéral (armée, police et administration générale ; l’emploi statutaire dans les entreprises publiques est orienté à la baisse, depuis longtemps d’ailleurs).

                                                *                                        *                                        *
Il y a trois manières de réduire l’emploi public :

  1. Réduire le scope d’activités ; une commune peut, par exemple, prendre la décision de fermer son service culture ou d’en réduire la taille.
  2. Confier des activités au secteur privé, en tablant sur un coût moindre, ce qui est loin d’être toujours le cas, ou privatiser des activités publiques. Illustrations : sous-traiter la sécurité de bâtiments publics, transférer un hôpital public vers des mutuelles, privatiser des lignes de bus, etc., etc. 
  3. Augmenter la productivité ; il est évident que l’IA pourra – à services rendus équivalents – réduire l’emploi dans les domaines administratifs, voire d’autres.

La note ne prétend ni dire où il faut, le cas échéant, faire des économies, ni chiffrer les gains de productivité potentiels liés à la technologie de l’IA. Juste quelques commentaires :

  • Il y a une série d’activités où soit aucun parti ne propose de réduire la voilure (armée, police, prisons, pompiers, centres d’accueil de jeunes « placés », etc.), soit il est certes possible de réduire l’emploi public mais sans qu’on imagine baisser l’emploi global (hôpitaux, maisons de repos, accueil de jeunes enfants, services d’aide aux familles et aux personnes âgées, sécurité aérienne, sécurité alimentaire, etc.) ; dans ce dernier cas la charge pour le secteur public ne se contracte pas, ou très peu. Les activités concernées par ce type d’approche représentent – à mon estime – plus ou moins 20% de l’emploi public.
  • L’administration hors défense, police, justice et secours est probablement le secteur public où l’IA pourra le plus contribuer à des gains de productivité potentiellement élevés. Il y a aussi d’importantes économies à mobiliser via de véritables simplifications administratives et une plus grande efficience organisationnelle.
  • L’emploi dans le secteur de l’enseignement obligatoire sera, peut-on penser, surtout impacté par la baisse de la dénatalité. Deux remarques à cet égard :
    • la dénatalité à venir pourrait être plus forte encore que celle envisagée à ce jour par le Bureau fédéral du Plan ;
    • les effectifs des enseignants évoluent tendanciellement plus ou moins comme les populations en âge de scolarité mais avec un temps de retard.
  • Les entreprises publiques ont vu leurs effectifs se réduire tendanciellement depuis longtemps ; difficile de fixer a priori la marge de compression qui reste(rait).
  • Globalement, on peut penser qu’aboutir à 150.000 à 200.000 emplois en moins dans les secteurs hors ceux des « à réductions d’emplois estimées a priori faibles ou nulles » est un objectif ambitieux ; à tout le moins il prendra du temps. Et il ne faut pas négliger les impacts sur la croissance d’éventuelles diminutions d’emplois dans des secteurs comme la R & D, l’insertion socio-professionnelle ou l’enseignement supérieur.
  • Enfin, il faut rappeler que les évolutions technologiques et sociétales appellent parfois un développement de l’action publique pour répondre à de nouveaux enjeux. Certes, on peut réorienter vers ces nouveaux besoins des moyens économisés par ailleurs, mais dans ce cas l’emploi public baisse moins que prévu initialement.

Quoiqu’il en soit, le tableau complet de l’Annexe 2 de la note – qui détaille finement l’emploi public – peut éclairer le débat et aider les décideurs à préciser les secteurs où ils souhaitent réduire l’emploi public en fonction de leurs préférences politiques.

                                                *                                        *                                        *

Ceci dit, on doit néanmoins répondre à la critique essentielle de la FEB : l’État (sur)cannibalise(rait) l’emploi privé, ce qu’on qualifie d’effet d’éviction. Cet effet d’éviction serait surtout de nature fiscale : « Il faut veiller à ce que la croissance de l’emploi financé par les pouvoirs publics reste compatible avec la capacité de l’économie marchande à financer ces dépenses par l’impôt », précise la FEB. A cet égard, il est vrai que l’effet d’éviction (éventuel) vaut tout autant pour un emploi public proprement dit que pour un emploi privé largement soutenu par les pouvoirs publics. Quelques remarques sur ce point de vue :

  • Comme pour d’autres impacts socio-économiques de l’action publique, l’éventuel effet d’éviction et, le cas échéant, son importance dépendent de la structure et des caractéristiques des prélèvements obligatoires.
  • Il y a d’autres emplois alors à englober dans l’analyse que les seuls emplois Santé humaine et Action sociale : les titres-services, par exemple, dont environ 2/3 du coût réel sont pris en charge par les budgets régionaux, certains emplois de recherche – publics ou privés – largement subsidiés, les emplois subsidiés dont bénéficient les fédérations patronales, etc.
  • Certains emplois subsidiés ont un impact positif sur l’offre de travail : les structures d’accueil pour jeunes enfants, les soins et services à domicile, les maisons de repos et de soins, les structures de répit et les structures d’accueil de personnes porteuses de handicaps permettent à de nombreuses personnes de travailler, au moins à temps partiel.
  • D’autres emplois publics ou subsidiés, notablement dans l’enseignement, la formation permanente et la réinsertion socio-professionnelle, doivent être considérés comme des investissements immatériels au bénéfice, notamment, de l’activité économique.
  • Certaines interventions publiques, et les emplois qui y sont liés, sont des dépenses de « réparation » induites par certaines évolutions sociétales et socio-économiques ; certains problèmes de santé mentale et les burn-out illustrent cette réalité. En outre, l’intervention publique permet dans ce cas de réduire la facture totale pour la société.
  • La nature même d’évolutions socio-économiques et technologiques rendent nécessaires des interventions publiques : la libéralisation de certains marchés ne peut se faire sans régulateur, les évolutions technologiques et les comportements de certains acteurs de la filière alimentaire rendent indispensable un organisme comme l’AFSCA, etc.
  • L’action publique alimente aussi des dépenses profitables à l’économie marchande.
  • Enfin, les effets d’éviction peuvent aussi s’observer au sein de l’économie privée. Une très convaincante illustration est celle des effets d’éviction – au sein de l’économie américaine – liés aux investissements massifs dans les data centers.

Ces quelques remarques ne sont pas là pour éluder la légitime revendication d’améliorer et l’efficacité et l’efficience de l’action publique, tout en respectant les arbitrages que peut faire une communauté entre des préférences politiques au sens noble du terme et, le cas échéant, (un peu) moins de croissance économique.

                                                *                                        *                                        *

Plus dans la note ici.

  • Non, l’emploi public n’a pas, depuis 2000, augmenté deux fois plus vite que l’emploi privé. Au contraire, il augmente moins vite, contrairement à ce que beaucoup avancent.
  • Non, il n’y a pas « 40 à 50 % de la fonction publique qui vont partir à la pension dans les dix ans à venir ». C’est maximum 20%.
  • Il ne faut pas confondre emploi public (= l’employeur est public) et emploi non-marchand = emploi, public ou privé, largement financé par les pouvoirs publics.
  • L’emploi public est beaucoup plus diversifié que ce qu’on appelle – c’est un raccourci – les fonctionnaires.

Dans un article de Trends (18-09-2026), le patron de la FEB avance dix “quick wins” pour sortir de l’impasse budgétaire. Un concerne l’emploi public : « Autre cheval de bataille : la croissance de l’emploi public, qui aurait progressé deux fois plus vite que l’emploi privé sur les vingt dernières années. La FEB plaide pour un gel des recrutements dans l’ensemble des administrations jusqu’en 2029, couplé à une mobilité interne accrue des agents et à un recours renforcé à l’intelligence artificielle pour accélérer le traitement des dossiers. » Le même jour, dans un interview croisé dans Le Soir, le président du MR et l’économiste Bruno Colmant « estiment (de concert) que la Belgique pourrait compter 150.000 à 200.000 fonctionnaires de moins à terme », « sans licenciements ». Georges-Louis Bouchez ajoute ceci : « On a d’ici dix ans, 40 à 50 % de la fonction publique qui va partir à la pension. Donc on a une chance historique de pouvoir la redessiner. » Bruno Colmant lui complète l’analyse ainsi : «  Je suis d’accord avec M. Bouchez. Combien de fonctionnaires avons-nous ? Un million environ… »

La présente note vise à aller un peu plus loin que les analyses et propositions approximatives, la confusion fréquente entre « emploi public », « fonction publique » et « fonctionnaires » n’arrangeant rien.

                                                *                                        *                                        *
Il y a plusieurs manières d’approcher l’emploi public.

  • L’approche du Bureau du Plan se concentre sur le secteur « administration, enseignement et défense » ; elle ignore de ce fait des dimensions importantes de l’emploi public comme, par exemple, l’essentiel des entreprises publiques.
  • La FEB englobe dans sa définition des activités certes largement soutenues par les pouvoirs publics (administration, défense, santé et action sociale) mais dont certaines sont portées par des entreprises ou associations privées.
  • L’ONSS (comme la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale) comptabilise comme emploi public bien sûr l’emploi du cœur de l’action publique (Administration, Défense et Sécurité sociale obligatoire) mais également tous les autres emplois qui dépendent directement d’autorités publiques comme les entreprises publiques (SNCB, bpost…), les intercommunales, les maisons de repos et de soins dépendant de CPAS ou d’intercommunales, les activités culturelles ou sportives rattachées à un pouvoir public, des institutions publiques de recherche ou culturelles, des parastataux comme le FOREM, etc., etc. Cette approche me semble la plus pertinente.

                                                *                                        *                                        *
Voici un tableau synthétique sur l’emploi public ainsi défini.

Trois constats majeurs :

  • l’emploi public tel que répertorié par l’ONSS concernait 1.128.075 personnes au 31 mars 2026 ;
  • l’enseignement représente 37,4% de l’emploi public (on rappellera que tous les enseignants – y compris ceux des réseaux libres – sont assimilés au secteur public) ;
  • les activités souvent assimilées aux images (au demeurant dépassées et le plus souvent fausses) des fonctionnaires dans un bureau ou derrière un guichet ne représentent que 28,9% des emplois publics ; et il y a dans ces emplois des d’activités sociales dans les CPAS, de soutien à la recherche ou à l’activité économique, de protection des consommateurs, etc., etc.

                                                  *                                        *                                        *

Que peut-on tirer de ces données ?

  • Non, l’emploi public n’a pas, depuis 2000, augmenté deux fois plus vite que l’emploi privé. Au contraire, il augmente moins vite, comme le montre le graphique suivant.
  • Non, il n’y a pas 40 à 50 % de la fonction publique qui vont partir à la pension dans les dix ans à venir. C’est maximum 20%.
  • Les données utilisées confirment une réalité déjà bien documentée : la sur-représentation de l’emploi public pour les travailleurs wallons ; ils représentent 35,8% des salariés travaillant dans le secteur public et le secteur public des wallons à l’emploi représente 26,3% de l’emploi total.
  • Le nombre de travailleurs statutaires (= fonctionnaires au sens propre) a baissé en absolu et en pourcentage de l’emploi public total entre 2005 et 2023. Il a augmenté de 1,4% depuis 2023 ; cette hausse récente s’explique largement par ce qui se passe dans l’enseignement de la Communauté flamande et au niveau fédéral (armée, police et administration générale ; l’emploi statutaire dans les entreprises publiques est orienté à la baisse, depuis longtemps d’ailleurs).

                                                *                                        *                                        *
Il y a trois manières de réduire l’emploi public :

  1. Réduire le scope d’activités ; une commune peut, par exemple, prendre la décision de fermer son service culture ou d’en réduire la taille.
  2. Confier des activités au secteur privé, en tablant sur un coût moindre, ce qui est loin d’être toujours le cas, ou privatiser des activités publiques. Illustrations : sous-traiter la sécurité de bâtiments publics, transférer un hôpital public vers des mutuelles, privatiser des lignes de bus, etc., etc. 
  3. Augmenter la productivité ; il est évident que l’IA pourra – à services rendus équivalents – réduire l’emploi dans les domaines administratifs, voire d’autres.

La note ne prétend ni dire où il faut, le cas échéant, faire des économies, ni chiffrer les gains de productivité potentiels liés à la technologie de l’IA. Juste quelques commentaires :

  • Il y a une série d’activités où soit aucun parti ne propose de réduire la voilure (armée, police, prisons, pompiers, centres d’accueil de jeunes « placés », etc.), soit il est certes possible de réduire l’emploi public mais sans qu’on imagine baisser l’emploi global (hôpitaux, maisons de repos, accueil de jeunes enfants, services d’aide aux familles et aux personnes âgées, sécurité aérienne, sécurité alimentaire, etc.) ; dans ce dernier cas la charge pour le secteur public ne se contracte pas, ou très peu. Les activités concernées par ce type d’approche représentent – à mon estime – plus ou moins 20% de l’emploi public.
  • L’administration hors défense, police, justice et secours est probablement le secteur public où l’IA pourra le plus contribuer à des gains de productivité potentiellement élevés. Il y a aussi d’importantes économies à mobiliser via de véritables simplifications administratives et une plus grande efficience organisationnelle.
  • L’emploi dans le secteur de l’enseignement obligatoire sera, peut-on penser, surtout impacté par la baisse de la dénatalité. Deux remarques à cet égard :
    • la dénatalité à venir pourrait être plus forte encore que celle envisagée à ce jour par le Bureau fédéral du Plan ;
    • les effectifs des enseignants évoluent tendanciellement plus ou moins comme les populations en âge de scolarité mais avec un temps de retard.
  • Les entreprises publiques ont vu leurs effectifs se réduire tendanciellement depuis longtemps ; difficile de fixer a priori la marge de compression qui reste(rait).
  • Globalement, on peut penser qu’aboutir à 150.000 à 200.000 emplois en moins dans les secteurs hors ceux des « à réductions d’emplois estimées a priori faibles ou nulles » est un objectif ambitieux ; à tout le moins il prendra du temps. Et il ne faut pas négliger les impacts sur la croissance d’éventuelles diminutions d’emplois dans des secteurs comme la R & D, l’insertion socio-professionnelle ou l’enseignement supérieur.
  • Enfin, il faut rappeler que les évolutions technologiques et sociétales appellent parfois un développement de l’action publique pour répondre à de nouveaux enjeux. Certes, on peut réorienter vers ces nouveaux besoins des moyens économisés par ailleurs, mais dans ce cas l’emploi public baisse moins que prévu initialement.

Quoiqu’il en soit, le tableau complet de l’Annexe 2 de la note – qui détaille finement l’emploi public – peut éclairer le débat et aider les décideurs à préciser les secteurs où ils souhaitent réduire l’emploi public en fonction de leurs préférences politiques.

                                                *                                        *                                        *

Ceci dit, on doit néanmoins répondre à la critique essentielle de la FEB : l’État (sur)cannibalise(rait) l’emploi privé, ce qu’on qualifie d’effet d’éviction. Cet effet d’éviction serait surtout de nature fiscale : « Il faut veiller à ce que la croissance de l’emploi financé par les pouvoirs publics reste compatible avec la capacité de l’économie marchande à financer ces dépenses par l’impôt », précise la FEB. A cet égard, il est vrai que l’effet d’éviction (éventuel) vaut tout autant pour un emploi public proprement dit que pour un emploi privé largement soutenu par les pouvoirs publics. Quelques remarques sur ce point de vue :

  • Comme pour d’autres impacts socio-économiques de l’action publique, l’éventuel effet d’éviction et, le cas échéant, son importance dépendent de la structure et des caractéristiques des prélèvements obligatoires.
  • Il y a d’autres emplois alors à englober dans l’analyse que les seuls emplois Santé humaine et Action sociale : les titres-services, par exemple, dont environ 2/3 du coût réel sont pris en charge par les budgets régionaux, certains emplois de recherche – publics ou privés – largement subsidiés, les emplois subsidiés dont bénéficient les fédérations patronales, etc.
  • Certains emplois subsidiés ont un impact positif sur l’offre de travail : les structures d’accueil pour jeunes enfants, les soins et services à domicile, les maisons de repos et de soins, les structures de répit et les structures d’accueil de personnes porteuses de handicaps permettent à de nombreuses personnes de travailler, au moins à temps partiel.
  • D’autres emplois publics ou subsidiés, notablement dans l’enseignement, la formation permanente et la réinsertion socio-professionnelle, doivent être considérés comme des investissements immatériels au bénéfice, notamment, de l’activité économique.
  • Certaines interventions publiques, et les emplois qui y sont liés, sont des dépenses de « réparation » induites par certaines évolutions sociétales et socio-économiques ; certains problèmes de santé mentale et les burn-out illustrent cette réalité. En outre, l’intervention publique permet dans ce cas de réduire la facture totale pour la société.
  • La nature même d’évolutions socio-économiques et technologiques rendent nécessaires des interventions publiques : la libéralisation de certains marchés ne peut se faire sans régulateur, les évolutions technologiques et les comportements de certains acteurs de la filière alimentaire rendent indispensable un organisme comme l’AFSCA, etc.
  • L’action publique alimente aussi des dépenses profitables à l’économie marchande.
  • Enfin, les effets d’éviction peuvent aussi s’observer au sein de l’économie privée. Une très convaincante illustration est celle des effets d’éviction – au sein de l’économie américaine – liés aux investissements massifs dans les data centers.

Ces quelques remarques ne sont pas là pour éluder la légitime revendication d’améliorer et l’efficacité et l’efficience de l’action publique, tout en respectant les arbitrages que peut faire une communauté entre des préférences politiques au sens noble du terme et, le cas échéant, (un peu) moins de croissance économique.

                                                *                                        *                                        *

Plus dans la note ici.

Votre commentaire