Au cours des derniers mois, le président du MR a souvent cité les Pays-Bas comme exemple à suivre en matière de finances publiques. Voici une de ses déclarations : « Si nous étions les Pays Bas, nous aurions 60 milliards de dépenses publiques en moins chaque année ! Et quand on voit l’état de nos routes, des services publics, ce n’est pas tout le temps dépenser de l’argent public qui fait le bonheur des gens. Il faut moins de politique, d’administration et de structures publiques mais aussi lutter contre les gaspillages ! »
Oui, si on applique une simple règle de trois, les pouvoirs publics belges auraient pu, en 2025, dépenser 60 milliards € de moins en « s’alignant » sur les Pays-Bas.
Mais, il y a beaucoup de mais.
- On doit, dans les choix budgétaires, tenir compte de ce qu’un tel plan de réduction des dépenses publiques, même étalé sur plusieurs années, aurait d’importantes retombées macroéconomiques négatives, notamment sur les recettes publiques, avec une contraction de l’activité économique.
- Certes, l’assainissement budgétaire en Belgique serait facilité par un taux d’emploi plus élevé, même s’il n’y a pas de lien automatique entre augmentation de l’activité économique et amélioration des comptes publics : tout dépend de la hauteur des dépenses (subsides, investissements publics, autres soutiens) ou moindres recettes (réductions (para)fiscales) qu’il faut consentir pour augmenter le taux d’emploi ; par ailleurs, toute amélioration des recettes publiques entraîne des demandes sociétales de toutes natures. Mais on est ici dans le temps long.
- Si on devait se caler sur les Pays-Bas, environ 25 milliards des 60 sont expliqués par un autre système de financement des pensions chez nos voisins, qui repose, comme chez nous, sur un pilier répartition mais aussi sur un important pilier capitalisation, beaucoup plus modeste en Belgique. Il faudrait, sauf à réduire drastiquement les pensions, continuer à trouver d’une manière ou d’une autre ces 25 milliards pour boucler leur financement. Certes, on peut shifter vers un système reposant beaucoup plus sur la capitalisation, mais cela prendra des dizaines d’années pour arriver à un niveau équivalent à celui des Pays-Bas.
- On peut supputer qu’une réduction des dépenses publiques dans des secteurs sensibles (santé, enseignement…) se traduirait – au moins pour partie – par plus de dépenses privées, pour compenser le recul de l’action publique.
- Les comparaisons proposées dans l’analyse montrent que les choix budgétaires sont différents entre les deux pays. Mais si on met en avant certains secteurs (pensions, santé…) où les Pays-Bas dépensent moins, on peut aussi ouvrir le débat sur les pans de l’action publique où ils dépensent plus (ex : la politique pénitentiaire) et les autres secteurs où ils dépensent moins (ex : subventions aux entreprises).
- D’une manière générale, les comparaisons budgétaires entre pays nécessitent une vue globale, ne serait-ce que parce que chaque entité politique repose sur des équilibres socio-politiques et socio-économiques subtils, construits dans la durée, qu’il y a des contraintes macroéconomiques (on ne peut, par exemple, garantir une augmentation soutenable du niveau de vie, voire simplement sa consolidation, sans assez d’investissements publics et privés) et parce que chaque pays pose des choix politiques propres.
- Il peut y avoir des raisons objectives à des dépenses plus conséquentes. C’est ainsi, par exemple, que la plus grande densité démographique des Pays-Bas leur permet, à service équivalent, de dépenser moins dans les politiques de transports.
- La Belgique dépense plus que les Pays-Bas pour les intérêts sur la dette publique ; mais à court terme il s’agit d’une dépense non compressible.
- Enfin, on rappellera que la plupart des perspectives budgétaires n’intègrent pas les dépenses publiques qui nous attendent inévitablement au vu des dérèglements climatiques.
Ceci précisé, il n’en demeure pas moins qu’une comparaison avec les Pays-Bas peut aider dans les débats budgétaires, à condition d’éviter des analyses simplistes. C’est ainsi, par exemple, que la différence du poids des services publics généraux ans le PIB (3,4% du PIB en Belgique, 2,5% aux Pays-Bas) interpelle, même si on peut supposer que la structure institutionnelle belge explique une partie de l’écart.
Par ailleurs l’exemple hollandais rappelle qu’aujourd’hui la première question politique est peut-être la suivante : comment finance-t-on certaines politiques, par des prélèvements obligatoires, à charge du contribuable, ou par d’autres financements, à charge du consommateur ou du bénéficiaire ?
Pour terminer, on insistera sur la nécessité – essentielle pour (re)construire un consensus sur les politiques budgétaires – de disposer d’indicateurs d’outputs sociétaux : pauvreté, espérance de vie, satisfaction/bonheur des citoyens, etc., etc., et de fixer des objectifs (par exemple : telle réduction du taux de pauvreté). Les questions centrales sont donc :
- Quelles politiques budgétaires, et autres, au service de quels objectifs politiques ?
- Quels sont les arbitrages que l’on fait quand des objectifs politiques peuvent, le cas échéant, être partiellement en opposition ?
Plus dans la note ici, qui examine aussi d’autres affirmations du président du MR (taux d’emploi, taux de remplacement des pensions…).
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