Mieux comprendre le vieillissement en Wallonie pour construire de bonnes politiques

Chaque année le Bureau fédéral du plan actualise ses perspectives démographiques. Et à chaque publication les médias relèvent l’augmentation de la population des 65 ans et plus (ou des 80 et plus ou …), en s’en inquiétant bien sûr. Cette vision basée sur des seuils d’âge fixes ignore les changements, importants, dans l’état de santé moyen des personnes avançant en âge.

Si on tient compte de l’évolution – jusqu’ici positive – de l’espérance de vie, indicateur synthétique par excellence, l’augmentation du nombre de « vieux » apparaît beaucoup plus « raisonnable » comme le montre le tableau suivant.

Ces évolutions en intègrent une autre qui n’est pas nouvelle : l’espérance de vie des hommes à tendance à se rapprocher de celle des femmes, les deux étant orientées à la hausse ; l’écart entre les deux décroît donc (on passe, entre 2024 et 2050, d’un écart de +/- 3 ans à +/- 2 ans).

Si l’espérance de vie augmente, en Wallonie comme dans les autres régions, on doit cependant constater que, depuis 1992, l’écart s’est creusé entre la Wallonie et la Flandre et les Perspectives démographiques du Bureau du plan donnent à penser que cette tendance se prolongera. Si on peut comprendre, pour des raisons de pollutions historiques et de plus grande précarité, qu’il y ait un écart en défaveur de la Wallonie, l’aggravation de cet écart est moins évidente à expliquer. Il faudrait pourtant investiguer en profondeur les causes de ces différences et divergences.

Quel que soit l’indicateur retenu, le vieillissement est trop souvent mesuré au travers d’indicateurs « purement » démographiques. Or, il est aussi intéressant de se pencher sur les évolutions des ménages dans lesquelles vivent et vivront les personnes avançant en âge.

Ce type d’indicateurs est important à suivre pour trois raisons. D’abord parce que, toutes choses égales par ailleurs, vivre à deux ou plus réduit le risque de pauvreté. Par ailleurs, à situation semblable, on peut supposer que l’intensité et la nature des besoins en soutien à la vie quotidienne (aide-familiale, aide-ménagère…) varient en fonction de la composition du ménage. Enfin, le nombre et la taille des ménages comprenant des personnes avançant en âge influent sur l’importance et la nature de la demande immobilière

Deux grandes conclusions à cet égard :

  • le pourcentage des personnes vivant seules diminue chez les 75 et plus, sauf pour les 90 ans et plus
  • le pourcentage des personnes vivant en couple augmente dans toutes les catégories d’âges des 75 ans et plus.

Pour autant, le nombre absolu de personnes avançant en âge de 75 ans et plus vivant seules augmente : plus 84.000 (soit +65%) entre 2024 et 2050. Au total la part des 75 ans et + dans le total tous âges confondus des personnes seules augmente en pourcentage, passant de +/- 21% à +/- 28% sur la même période.

On notera encore que le pourcentage de personnes avançant en âge qui vivent seules varie très fort d’une commune à l’autre, nouvelle preuve des disparités socio-économiques sur le territoire wallon.

Les personnes avançant en âge ont besoin de soins. Il est évident que leur proportion augmente avec l’âge. Cela est vrai pour les deux grandes catégories de soins que sont les soins infirmiers à domicile et l’accueil en MR(S).

Une comparaison avec les « comportements » au nord du pays montre que les flamands recourent plus aux soins infirmiers à domicile et moins à l’accueil en MR(S). Outre que cela n’a pas les mêmes implications pour le vécu des personnes concernées, cette différence a aussi des implications budgétaires : les soins infirmiers à domicile sont à charge de l’INAMI tandis que les interventions publiques dans les MR(S) sont assurées par les régions depuis 2015.

Il serait intéressant de disposer d’autres indicateurs cruciaux pour guider et évaluer les politiques publiques wallonnes en matière de vieillissement. On manque notamment de données sur l’importance et la nature des demandes insatisfaites en matière de maisons de repos et de soins, de services à domicile, de structures spécialisées, d’aménagements du lieu de vie… et sur la mobilité immobilière des aînés.

Connaître mieux ce qu’on regroupe sous l’expression « besoins des personnes âgées » permettrait de construire une stratégie ambitieuse, s’appuyant sur des constats objectivés, basée sur un système statistique pertinent et à jour, favorisant le déploiement de nouvelles technologies et le redéploiement de l’offre de services, proposant un continuum de solutions plus étoffé qu’aujourd’hui entre le logement « classique » et la MR(S), intégrant une assurance-autonomie, portée largement par les wallons et les wallonnes et non vécue comme un impôt en plus, facilitant et accompagnement la mobilité immobilière et/ou l’adaptation du logement.

Les quelques lignes consacrées au vieillissement dans la Déclaration de politique régionale 2024-2029 sont de ce point de vue assez décevantes. On sait déjà que si assurance-autonomie il y aura ce sera pour la fin de la législature, le chemin pour « développer une vision globale de ce que devrait être la future politique régionale en matière de perte d’autonomie » n’est pas défini, on parle encore du domicile alors qu’il faudrait évoquer le chez-soi ou le lieu de vie, la mobilité immobilière n’y est pas évoquée, etc.

Le terrain fourmille d’acteurs et d’innovations. L’attente de la société est immense. Il est temps de co-construire cette stratégie mais, pour une fois, sur base d’une information complète et solide et donc, peut-on espérer, de représentations à jour.

Plus dans la note ici. Les données par commune ici.

A votre disposition.

Bien à vous.

Philippe Defeyt

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